Vous voyez déjà vos agents IA repérer les ruptures avant tout le monde ? Un copilote qui prédit le retard d’une livraison ? Joli rêve. Sauf qu’il faudra d’abord préparer son système d’information à l’IA. Ça commence par un boulot ingrat que personne ne met en slide : le ménage.
C’est le message, sans emballage, du directeur IT SAP de Jabil, un groupe industriel américain présent sur plus de 100 sites dans une trentaine de pays. Il le livre dans ce podcast de MIT Technology Review, produit avec SAP. Sa formule tient en une ligne : « toute innovation sans simplification ajoute de la complexité ». Quand on jongle avec des dizaines d’usines, on sait de quoi on parle.
Préparer son système d'information à l'IA : le ménage d'abord.
Regardez d’où part Jabil. En vingt-cinq ans, chaque site s’est bricolé ses outils : applis maison, tableurs, logiciels anciens que personne n’ose éteindre. Résultat, chacun garde sa petite vérité dans son coin. Quand un problème éclate dans une usine, les autres ne le voient pas. Et on ne sait plus quelle version du chiffre est la bonne. On passe ses journées à réconcilier des fichiers au lieu de décider.
Ça vous rappelle quelque chose ? Pas besoin d’être un géant pour connaître ça. Une PME avec un CRM, trois tableurs et un outil de facturation qui ne parle à personne vit la même histoire en plus petit. Or une IA branchée là-dessus ne fait pas de miracle : elle hérite du désordre et l’amplifie, avec un aplomb désarmant.
D’où l’ordre de bataille de Jabil. D’abord relier les systèmes pour que la donnée circule, ensuite seulement optimiser, automatiser, brancher l’IA. Préparer son système d’information à l’IA, c’est donc d’abord une affaire de tuyauterie, pas de modèle. C’est la logique qu’on défendait déjà en parlant de ce que l’IA attend vraiment de vos données.
Ce que Jabil fait, concrètement.
Pas de révolution, plutôt une discipline. L’entreprise refuse d’acheter un outil pour chaque petit besoin local. Quand un site réclame quelque chose, elle regarde d’abord si un autre l’utilise déjà, quitte à ajuster un peu le process. Elle mise aussi sur des échanges entre applications par API et par événements. Plus question de déménager les données d’un système à l’autre comme des cartons. Enfin, elle veut arrêter de personnaliser son logiciel central à outrance, ce qui a longtemps rendu chaque déploiement pénible.
Côté équipes, ça se sent : moins de rapprochements manuels, une même vue pour l’acheteur, le planificateur et le financier. Le directeur IT cite la détection plus précoce des matières manquantes, qu’il qualifie de « game changer ». Sans un seul chiffre, hélas.
Un podcast sponsorisé, et alors ?
Soyons francs : ce podcast est produit en partenariat avec SAP, et l’invité y raconte comment il consolide… autour de SAP. Difficile de faire plus raccord. Faut-il pour autant jeter le message ? Non, l’idée tient très bien sans le logo. Mais gardez la tête froide. Aucun retour sur investissement chiffré. Et la partie IA reste au stade des intentions : prévisions, gestion intelligente des exceptions, planification. Ce n’est pas un retour d’expérience sur l’IA, c’est un retour d’expérience sur ce qu’il faut faire pour préparer son système d’information à l’IA. Autant le lire pour ce qu’il est.
Préparer son système d'information à l'IA sans se raconter d'histoires.
Ce qui donne du poids à ce discours, c’est que les chiffres vont dans son sens. Gartner a interrogé 248 responsables de la donnée en 2024. Résultat : 63 % des organisations n’ont pas les bonnes pratiques de gestion des données pour l’IA, ou l’ignorent. Gartner en tire une prévision : d’ici fin 2026, 60 % des projets sans données prêtes pour l’IA seront abandonnés. Une prévision, pas un fait, mais elle sonne juste.
Alors, par où commencer ? Voici ce que je retiens de Jabil, débarrassé de son jargon. Pour préparer son système d’information à l’IA, partez de l’intégration, pas de l’outil : inutile de poser un agent IA sur deux logiciels qui ne se parlent pas. Visez une source de vérité, même si vous n’aurez jamais tout au même endroit. Dessinez une architecture pour trois à cinq ans, pas pour le prochain trimestre. Et exigez un business case validé par le métier, pas seulement par l’IT, sinon vous retombez dans le piège du retour sur investissement de l’IA.
Et les agents autonomes, alors ? Ils ne se greffent pas sur une organisation : ils l’obligent à se réinventer. Raison de plus pour ranger la maison avant.
Le luxe, c'est la simplicité.
Le directeur de Jabil résume : la simplicité à grande échelle est un sacré avantage concurrentiel. Je le dis autrement : le plus gros chantier IA n’a pas de nom de modèle. Il s’appelle inventaire des outils, suppression des doublons, une seule donnée juste. Ça ne fera jamais un post viral. Mais préparer son système d’information à l’IA, c’est ce qui décide si votre prochain projet arrive en production ou rejoint les 60 % abandonnés.
Alors, on commence par le prochain outil ou par le balai ?