Une adresse mail à son nom, un agenda, une fiche dans l’annuaire de la boîte. Et pas la moindre pause café. Ce collègue n’existe pas encore en chair et en os, mais Google vient de le lancer : c’est l’agent Gemini en entreprise, présenté lors de la conférence Gemini at Work 2026.
Le principe tient en une ligne. Vous ne lui donnez plus une liste de consignes, vous lui fixez un objectif. Ensuite, il se débrouille, puis il vous rend un travail fini.
Agent Gemini en entreprise : un seul agent plutôt qu'un catalogue.
Souvenez-vous de Gemini Enterprise, lancé en octobre 2025. Sa logique, c’était le catalogue : on pioche des agents spécialisés, ou on fabrique les siens sans code. Nous nous demandions d’ailleurs si ces agents spécialisés transforment vraiment les entreprises. Avec l’agent Gemini en entreprise, Google change de braquet. Un seul agent répond aux questions, rédige, génère des images et écrit du code, depuis une seule interface et une seule API.
Thomas Kurian, le patron de Google Cloud, résume l’idée ainsi : le travail démarre désormais dans la fenêtre de prompt. Le slogan n’est pas creux, car l’agent choisit lui-même ses skills et ses outils. Il se branche sur les logiciels déjà en place, ou sur n’importe quel serveur MCP. Google détaille tout cela dans le billet de Thomas Kurian, publié après la keynote.
Il bosse pendant que vous dormez.
L’agent tourne dans le cloud et garde la même mémoire d’un canal à l’autre, de Microsoft 365 à Slack. Concrètement, une mission de plusieurs jours continue après la fermeture de votre ordinateur. Pour les tâches en plusieurs étapes, il crée des sous-agents temporaires, chacun avec sa propre identité. Un petit chantier, une petite équipe de passage.
Et le modèle ? L’agent Gemini en entreprise n’est pas verrouillé sur un seul. Il oriente chaque tâche vers les modèles Gemini ou vers ceux d’Anthropic, pourtant concurrent direct de Google. Oui, Claude joue dans la cour de Gemini (on a d’ailleurs passé Claude Sonnet 5.5 à la loupe récemment). D’autres modèles, propriétaires comme open source, doivent suivre.
Des versions métier arrivent aussi. La finance et le juridique sont en préversion, alors que le secteur public, la santé et le retail sont annoncés sans date précise.
Un collègue IA avec son propre compte Workspace.
C’est là que ça devient franchement troublant. Dans Workspace, l’agent intervient directement dans les mails et les documents. Il suggère même des tâches à lui déléguer : votre manager réclame un point d’étape sous forme de présentation ? Un clic, et Gemini s’y colle.
Mieux encore, une équipe peut créer un agent collègue en décrivant simplement le rôle attendu. Celui-ci reçoit son propre compte, avec une adresse en @agents.entreprise.com, un agenda, un espace Drive et une fiche dans l’annuaire. On le mentionne dans le Chat ou dans un commentaire. Ses modifications apparaissent ensuite sous son nom dans l’historique des versions, et il n’accède qu’aux contenus partagés avec lui. Microsoft avait déjà tenté l’idée avec Scout, le collègue IA qui ne quitte jamais son bureau.
Les garde-fous : journal d'audit et plafond de dépense.
Un agent Gemini en entreprise qui travaille seul pendant des jours, ça inquiète forcément. Google répond sur deux fronts. D’abord la sécurité : chaque action est consignée dans un journal d’audit à son nom, et tout son trafic passe par Agent Gateway, un pare-feu réseau dédié à l’IA qui applique les règles de l’entreprise. Ensuite la facture : les administrateurs fixent un plafond de dépense par projet dans la console de facturation de Google Cloud, et une fois le seuil atteint, l’agent se met en pause jusqu’à une relance manuelle.
Le contexte explique cette prudence. Selon Google, le prix par token a chuté de 98 % depuis 2024, mais l’explosion des volumes fait gonfler les factures d’IA. D’où ce choix automatique du modèle, qui réserve les plus chers aux tâches qui le justifient. Reste à savoir piloter ces agents efficacement, et c’est une autre paire de manches.
Agent Gemini en entreprise : ce que Google ne dit pas encore.
L’annonce laisse des trous, et pas des petits. Aucun tarif, aucun calendrier de disponibilité. Google continue aussi d’employer le nom Gemini Enterprise pour les déploiements clients, sans préciser la place de l’agent dans cette offre ni dans les forfaits Workspace. Côté grand public, Gemini Agent reste une fonction expérimentale de l’application Gemini, réservée depuis novembre 2025 aux abonnés Google AI Ultra aux États-Unis. Quant à la plateforme elle-même, elle a sa page dédiée.
Un collègue, oui, mais qui répond de quoi ?
Mon avis ? L’idée est séduisante, et Google a pensé aux ceintures de sécurité. Mais un collègue sans horaires, qui signe de son propre nom, pose une question que la technique ne règle pas : qui répond quand il se trompe ? Avec l’agent Gemini en entreprise, Google ne vend plus un outil, il vend un poste. Avant de l’embaucher, mieux vaut savoir ce qu’on lui confie, et surtout ce qu’on ne lui confie pas. C’est tout l’enjeu de la gouvernance des agents IA, et ce chantier-là ne se règle pas avec un plafond de dépense.