SoftBank va injecter 75 milliards d’euros dans des infrastructures liées à l’intelligence artificielle sur le territoire français. Pas un plan de communication, pas un chèque en blanc conditionnel : une annonce concrète, avec des noms de villes, des volumes en gigawatts et un partenaire industriel déjà nommé. Cet investissement IA France s’impose comme le plus important jamais annoncé en Europe dans ce secteur — et ça mérite qu’on s’y arrête.
Pourquoi choisir la France pour un investissement IA France de cette envergure ?
Masayoshi Son, président de SoftBank et fondateur du groupe en 1981, ne s’y est pas trompé. La rencontre avec Emmanuel Macron lors de la visite officielle à Tokyo en avril a visiblement fait mouche. Mais au-delà du coup de charme diplomatique, ce qui a vraiment emporté la décision, c’est l’énergie.
La France produit une électricité décarbonée à près de 95 %, grâce à son parc nucléaire, et l’exporte. Pour des data centers — ces entrepôts numériques qui avalent des quantités d’électricité impressionnantes — c’est un argument béton. EDF et RTE avaient d’ailleurs anticipé cet appétit en désignant, dès le sommet IA de Paris en février 2025, 35 sites « prêts à l’emploi » sur tout le territoire, dont une dizaine capables d’accueillir des infrastructures d’un gigawatt dans les Hauts-de-France. SoftBank n’a eu qu’à pointer. Quand on cherche où poser un investissement IA France de cette taille, l’accès à une énergie abondante et bas carbone devient le critère numéro un.
Un investissement IA France qui double la capacité nationale installée.
Les chiffres donnent le vertige. Fin 2025, la France disposait d’environ 1,5 gigawatt installé en centres de données. Le projet SoftBank prévoit une première phase à 3 gigawatts, suivie d’une seconde qui pourrait atteindre 5 gigawatts. Sur les 75 milliards d’euros annoncés, 45 milliards sont engagés d’ici à 2031, uniquement dans les Hauts-de-France, pour la construction des data centers. Les sites retenus : Dunkerque (Loon-Plage), Le Bosquel et Bouchain.
Schneider Electric, le géant français des équipements électriques, est partenaire du projet. Son directeur général Olivier Blum a confirmé que l’entreprise va aider au design et à la fourniture de tous les équipements, avec notamment la création d’une usine de modules préfabriqués de data centers sur le port de Dunkerque. C’est le genre de chantier industriel qui ne se défait pas facilement.
Pour ceux qui suivent la course aux puces et aux infrastructures de calcul, on peut rappeler que Qualcomm travaille lui aussi à s’imposer dans les data centers IA — une dynamique qu’on analysait récemment dans notre article sur la stratégie de Qualcomm dans les data centers. La compétition pour l’infrastructure IA n’est pas seulement géographique, elle est aussi technologique.
Choose France, ou l'art de vendre un territoire.
L’annonce de SoftBank tombe à point nommé : elle précède de deux jours le neuvième sommet Choose France, organisé lundi au château de Versailles. Le format est rodé. Macron réunit les grands patrons mondiaux, les chiffres tombent, les caméras tournent. L’édition de mai 2025 avait déjà battu un record avec 20 milliards d’euros d’investissements annoncés.
75 milliards d’un seul tenant, c’est une autre dimension. SoftBank, rappelons-le, détient 11 % du capital d’OpenAI et figure parmi les plus importants fonds d’investissement tech au monde. Que ce groupe choisisse la France — et non l’Allemagne, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas — pour son plus grand pari européen, ça mérite attention. C’est aussi la validation d’une stratégie : positionner l’investissement IA France non pas comme un symbole politique, mais comme un choix économique rationnel.
Masayoshi Son dit vouloir aider l’Europe à « rattraper les États-Unis ». L’ambition est lisible dans les chiffres : le continent reste loin derrière dans la course à la puissance de calcul, et un investissement de cette ampleur peut changer la donne, au moins partiellement. Le détail des déclarations de Son est disponible dans l’article du Monde avec AFP.
Ce que ça change — et ce qu'il faut surveiller.
Un data center de cette taille ne se construit pas sans impact. Consommation d’eau pour le refroidissement, tension sur les réseaux électriques locaux, artificialisation des sols : les questions restent entières. On a évoqué ces enjeux en détail dans notre analyse de l’impact environnemental de l’IA générative, et les Hauts-de-France vont maintenant en faire l’expérience à très grande échelle.
Reste aussi à voir si les promesses se transforment en béton coulé. 45 milliards d’ici 2031, c’est un horizon de cinq ans dans un secteur qui évolue vite. Mais le partenariat avec Schneider Electric, les sites déjà identifiés et la présence d’un industriel sur le port de Dunkerque donnent à cette annonce une consistance qu’on ne peut pas balayer d’un revers de main.


